dimanche 5 mai 2013

Numéro 5, tout simplement...

Cela faisait 54 ans que le célèbre flacon peut-être inspiré par les flasques de vodka de la Russie impériale, les angles de la place Vendôme et dessiné par Coco Chanel en personne avait rejoint les collections du Musée d'Art moderne de New York... Par l'ouverture de cette exposition aujourd'hui au Palais de Tokyo, Paris vient enfin de se rendre compte que l'un des plus célèbres parfums au monde et aussi les plus vendus, le numéro 5 de Chanel, riche de pas moins 80 composants, icône parisienne de la mode, avait enfin droit à un peu de considération, après Moscou, Shanghai et Pékin...


Le "N°5" dans son emballage d'origine de 1921. 

Au lendemain de la Grande Guerre, Coco Chanel (1883-1971) déjà encensée par ses pairs décide de lancer son parfum, phénomène nouveau dans l'univers de la mode. « Je veux donner à la femme un parfum artificiel, je dis bien artificiel, c’est-à-dire fabriqué comme en couture. Je veux un parfum qui soit composé, un parfum de femme à odeur de femme », déclare-t-elle. En 1921, ce sera chose faite avec le « numéro 5 », inspiré de sa rencontre improbable avec le Grand-Duc Dimitri de Russie, petit cousin du Tsar qui lui présente Ernest Beaux, ancien parfumeur de la cour né à Moscou de parents français et installé à Grasse après la révolution russe de 1917.

Coco Chanel et le prince Dimitri en 1920. 
Le nom même du parfum est une météorite dans l'univers compassé et consensuel de l'époque, « N° 5 », à la dernière ère des cubistes et provocateurs de l'époque que Mademoiselle Chanel fréquente très régulièrement. Le numéro 5 serait aussi le 5e échantillon proposé par Ernest Beaux auquel elle fait ajouter du jasmin de Grasse, matière première très chère, et ce, en très grande quantité.


Dans son appartement de la rue Cambon, les grands miroirs vénitiens de Coco rappellent le bouchon du N° 5 !
L’accord est dominée par l’ylang-ylang des Comores et le néroli de Grasse, dont la chaleur est « dématérialisée » par les aldéhydes, relatives nouveautés synthétiques de l'époque utilisées en parfumerie au début du siècle. En cœur, la rose de mai et le jasmin de Grasse s'unissent profondément. Le sillage, vibrant de notes boisées autour du santal, se prolonge dans des ondes de vanille et de vétiver Bourbon. 


Pour Jacques Polge, le parfumeur « maison » de Chanel depuis 1978, et en exclusivité pour Du nez au palais : « Le numéro 5 de Chanel est un parfum qui utilise beaucoup de fleurs comme la plupart des parfums de l'époque, mais qui est le premier à ne pas se fixer sur une senteur florale précise. À l'époque de la création du 5, il y avait des jasmins de Corse, des muguets, des roses isolées... mais aucun ne renvoyait à cette abstraction du 5 qui en a fait sa renommée. Ce sont d'ailleurs les aldéhydes synthétiques qui ont largement participé à cette abstraction de senteurs et qui en ont fait l'unicité. Tous les fleuris chez Chanel sont abstraits, comme le n° 19 par exemple. Un mot qui conviendrait mieux pour l'esprit de ces parfums très signés, c'est " mystère ". Un parfum qui se livre tout de suite, n'aura pas la longévité d'un parfum comme le numéro 5, plein de détournements et de secrets sans cesse renouvelées et toujours d'actualité ».

Apollinaire rend hommage à Coco en 1915, " Reconnais-toi ". 




Exposition N° 5 Culture Chanel (5 mai-5 juin 2013)

Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75016 Paris

Tous les jours sauf le mardi (de midi à minuit)
Tél. : (33)1.81.97.35.88
Ateliers olfactifs pour adultes et enfants sur réservation.